Une alimentation bénéfique à la santé et au climat : les recommandations du RAC et Solagro

Le 10 octobre 2019, à Paris, Solagro et le RAC (Réseau Action Climat) présentent leurs recommandations pour des politiques publiques alimentaires bénéfiques à la santé et au climat. Pour élaborer ce cahier de 70 recommandations, Solagro et le RAC se sont basés sur une revue de la littérature scientifique, sur des retours d’expériences inspirantes d’autres pays et sur l’analyse des positionnements d’acteurs de la société civile.

Tout est à découvrir ici :

Synthèse des recommandations

Le cahier des 70 recommandations

Revue de publications et d’expérimentations

Trois questions à Eloise Descamps qui a participé à ce projet pour Solagro.

Quels sont les grands axes d’évolution alimentaire qui répondent aux enjeux de santé publique et environnementale ?

L’évolution de notre alimentation peut se faire vers une assiette à la fois bénéfique pour la santé, pour l’environnement et pour le climat : moins de viande et de produits laitiers, davantage de fruits et légumes, de légumes secs et de céréales complètes, plus de produits issus de l’agriculture biologique, moins de produits transformés, plus de produits locaux et de saison.

Les nouvelles recommandations du Plan national nutrition santé (PNNS) vont dans ce sens mais les politiques publiques actuelles ne sont pas suffisamment ambitieuses pour permettre la transition de notre système alimentaire.

Pour avoir une chance de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole et alimentaire c’est bien l’ensemble des politiques agricoles, alimentaires et de santé qui doivent évoluer de concert avec les politiques environnementales et climatiques.

Quels sont les leviers majeurs qui feront que « ça marche » ?

Changer les comportements alimentaires est un sujet complexe. L’alimentation n’est pas seulement une nécessité, elle est aussi associée au plaisir, au goût, à des habitudes mais aussi à des valeurs. Pour identifier les bons leviers, le premier enjeu est de comprendre les déterminants des comportements alimentaires. Ces déterminants peuvent être :

  • psychologiques et individuels (le goût, les représentations symboliques, les normes culturelles…). Il est impossible de faire évoluer les comportements alimentaires vers des régimes moins savoureux ou dérangeants.
  • sociaux (convivialité, sociabilité). Changer d’alimentation implique de s’éloigner du réseau social dont on partage les habitudes alimentaires.
  • techniques et économiques. Les comportements alimentaires sont déterminés par un ensemble de facteurs extérieurs comme le prix, l’accessibilité, la commodité.

Ces déterminants sont autant de leviers actionnables par les politiques publiques.

On peut modifier l’environnement alimentaire pour rendre des aliments sains et durables plus accessibles physiquement, imaginer une taxation sur les produits à fort impact environnemental, accompagner au changement à la cantine avec des menus végétariens…

Pour établir vos recommandations, vous êtes allez voir ailleurs, quelles sont les expérimentations qui vont ont inspiré ?

C’était le coeur de notre mission : faire le point sur les derniers travaux scientifiques publiés, et faire un tour du monde pour aller voir ce qui existe et qui fonctionne ailleurs. Au Québec par exemple le gouvernement a interdit le marketing alimentaire à destination des enfants depuis 1978, c’est donc possible ! A Philadelphie, une ONG a mis en place un dispositif de coupons pour favoriser l’achat de fruits et légumes frais sur les marchés de producteurs dans les quartiers défavorisés. En France, la CPAM de la Sarthe a lancé un dispositif d’accompagnement au changement alimentaire, véritable changement de paradigme pour la structure qui dépasse la logique curative pour se lancer dans une démarche proactive de prévention. Toutes ces expériences ont des résultats intéressants qui nous ont inspiré pour rédiger nos propositions.

Voici par exemple quelques mesures qui peuvent être engagées dès demain :

  • Réduire la pression de la publicité ciblant les enfants et promouvant massivement une malbouffe nocive pour le climat et pour la santé ;
  • Faciliter l’accessibilité financière et géographique aux produits promus : fruits et légumes frais, légumes secs, produits bio au coeur des quartiers et des zones délaissées par les commerces ;
  • Former et outiller les cuisiniers de la restauration collective aux bases de l’alimentation saine et durable et à la préparation des protéines végétales ;
  • Former et outiller les professionnels du social, de l’enfance et de la santé (assistants maternels, enseignants, pédiatres, infirmières, etc.) aux bases de l’alimentation saine et durable et à l’accompagnement à la diversification des protéines ;
  • Fixer aux entreprises agroalimentaires des objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre incluant leurs émissions amont liées à la production agricole ;
  • Rediriger les aides de la PAC vers une production alimentaire saine et durable, et notamment aides couplées pour les fruits et légumes frais, les légumes secs et les élevages en agroécologie.

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